Devenir réserviste du Bouclier Bleu pour mieux sauvegarder le patrimoine
Pour intégrer la réserve opérationnelle du Bouclier Bleu France, Line Munoz, responsable de la régie des œuvres, a suivi une formation complète axée sur la sauvegarde du patrimoine en situation d’urgence. Entre enseignements théoriques, exercices pratiques et découverte des protocoles de crise, elle explique en quoi cette formation renforce aujourd’hui son approche de la gestion des risques au musée.
C’est quoi le « Bouclier Bleu » ?
Le Bouclier Bleu est une organisation internationale indépendante et non gouvernementale, créée en 1996, qui se consacre à la protection du patrimoine culturel dans le monde entier, notamment en cas de conflits armés ou de catastrophes naturelles. Son rôle est d’informer, de sensibiliser et de former à la protection du patrimoine, en travaillant sur des mesures de prévention et de préparation.
En France, le Bouclier Bleu dispose d’une antenne dédiée à la réponse à l’urgence, l’ORU, qui a obtenu en 2023 un agrément de sécurité civile. C’est un élément essentiel, car seules les associations agréées peuvent intervenir en coordination avec les services de l’État, dans le cadre ORSEC ou avec les services de la préfecture. L’idée n’est donc pas d’intervenir seul ou de sa propre initiative. L’ORU peut être sollicitée par une institution en difficulté, par les pompiers ou par la préfecture de police, et c’est elle qui mobilise ensuite les réservistes disponibles.
Tu as suivi une formation dédiée. En quoi consistait-elle ?
C’est une formation initiale pour intégrer la réserve opérationnelle. La semaine était assez dense : on a commencé par toute la partie théorique, avec l’histoire du Bouclier Bleu, son rôle, les droits et devoirs du réserviste, la charte de déontologie, la vulnérabilité des matériaux, la gestion du stress… Et puis on est très vite passés à la pratique, avec des mises en situation d’urgence. On devait extraire, trier et traiter des objets ou des livres brûlés ou mouillés, et apprendre à mettre en place toute la chaîne de traitement. On nous montrait les gestes à adopter selon les matériaux et les types de dégâts.
L’évaluation finale se faisait à la fois sur un QCM et sur notre attitude pendant les exercices. Une fois validée, j’ai reçu mon équipement personnel et une carte qui me permet d’être identifiée comme équipière du Bouclier Bleu France (BBF) sur les lieux d’intervention.
Fait-elle l’objet d’une certification, pour toi et/ou pour le musée ?
Non, ce n’est pas une certification. C’est vraiment un engagement personnel et bénévole. Mais évidemment, tout ce que j’ai appris peut m’être utile si un jour un sinistre survient au musée. Et puis cela me permet aussi de développer un réseau intéressant pour l’institution. Par exemple, le BBF pourrait nous accompagner si on voulait organiser un exercice grandeur nature avec la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris pour tester notre plan de sauvegarde.
Quels sont les enseignements majeurs que tu en as retenus ?
Le principal enseignement, c’est qu’on ne sait jamais vraiment comment on va réagir dans une situation de crise, ni comment vont réagir nos collègues. Des personnes très calmes au quotidien peuvent complètement perdre leurs moyens, alors que d’autres, plus discrètes, peuvent se révéler être des ressources précieuses. La hiérarchie habituelle peut être totalement bouleversée. Ce qui compte, c’est de placer les bonnes personnes au bon endroit pour que la chaîne de sauvetage fonctionne : l’extraction, le tri, le traitement, les contacts avec les prestataires, les assurances, la recherche d’un lieu de repli, la logistique, la communication de crise… Et pour ça, rien ne vaut les exercices et les mises en situation.
Au sortir de cette formation, envisages-tu de faire évoluer le PSBC* du musée ?
Oui, j’ai déjà plusieurs idées. Je pense notamment à mieux formaliser l’organisation de la cellule de crise interne, à préparer des listes de pointage pré‑imprimées, ou encore à identifier clairement le coordinateur PSBC avec une chasuble spécifique. D’ailleurs, petite anecdote : on avait acheté des gilets jaunes pour les équipes du musée, mais chez les pompiers, la chasuble jaune est celle du commandant des opérations de secours. Personne d’autre ne doit la porter… On ne le savait pas avant !
* Plan de sauvegarde des biens culturels (voir précédente interview en bas de cette page).