Souvenirs de la campagne de restauration
Coups de cœur du conservateur

Musée de La Poste © Thierry Debonnaire
Article
Les coups de cœur d’Agnès Mirambet-Paris, directrice du patrimoine et des expositions au Musée de La Poste. Les expositions permanentes présentent une sélection de 1000 pièces issues des collections : objets et œuvres d’art, tenues et instruments de travail, modèles réduits, projets et maquettes de timbres, documents d’art graphique, archives… sans oublier l’objet iconique : la boîte aux lettres.
Agnès Mirambet-Paris
17/09/2019

Plus d’un tiers d’entre elles a fait l’objet d’une  intervention de conservation-restauration et le chantier de restauration s’est échelonné sur 4 ans. Au total sont intervenus 52 professionnels permettant de balayer toutes les spécialités : peinture, arts graphiques, métal, bois, textile, verre et céramique, matières plastiques, objets organiques (cuirs, osier), animaux naturalisés, mécanismes d’automates, serrures, soclages d’objets.

 

L’essentiel de la campagne de restauration a porté sur les documents papier (lithographies, dessins, affiches, couvertures de journaux illustrés, maquettes de timbres, enveloppes décorées…) qui seront très nombreux à être présentés par roulement, en raison de leur fragilité, dans les nouvelles expositions. Près de 200 ont ainsi été restaurés. Déformations, pliures, déchirures, lacunes, jaunissements, encrassements, traces d’adhésifs et autres injures du temps ont été traités tout en respectant l’histoire et l’authenticité des œuvres. Ainsi, lorsqu’un document comprend des annotations portées par l’artiste, il n’est pas question de les effacer. Plusieurs pièces issues de la belle série des aquarelles dues à Adhémar Kermabon ont bénéficié d’une cure de jouvence bienvenue. À la fin du 19e siècle, ce fonctionnaire de l’administration centrale des P. et T. dressa le catalogue de toutes les tenues professionnelles des agents en s’appuyant sur les textes officiels produits depuis les années 1830.

 

Le second ensemble numériquement le plus important regroupait une centaine de machines, d’outils et d’objets de métier, d’écussons de postillons, d’enseignes, de modèles réduits de véhicules ou de boîtes aux lettres. Composés de métal, souvent associé aux matériaux les plus variés, ces objets ont souvent nécessité l’intervention d’équipes pluridisciplinaires regroupant des restaurateurs de métal, de bois, de plastique, de peinture (en raison de la présence quasi systématique d’un revêtement peint) ou même de tissu. Ainsi, l’exceptionnel modèle de bureau ambulant à toit ouvrant, maquette de maîtrise  de mécanique réalisée vers 1880, meublée entièrement comme une maison de poupée, présentait des rideaux en soie miniatures très abîmés. Les rideaux, démontés, ont été placés entre des tulles de nylon teints pour les consolider.

Les anecdotes de chantier ne manquent pas. L’un des modèles réduits destinés à la section consacrée à la mythique Poste aérienne, celui de l’hydravion Latécoère 28-A Comte-de-La Vaulx, acquis autrefois par le musée, avait été livré peint en bleu alors qu’il aurait dû être rouge... Il a donc été fait appel à un maquettiste qui, avec le concours du musée de l’Air et de l’Espace, a remis le Comte-de-La Vaulx  dans sa véritable « livrée » d’origine, rouge bordeaux.

 

Quant aux boîtes aux lettres, beaucoup avaient souffert des outrages du temps et de la pluie pendant leurs années d’utilisation en extérieur. Le musée expose une sélection de boîtes aux lettres provenant de pays étrangers dont un certain nombre, très corrodées, ont été restaurées. Les boîtes murales provenant du royaume de Bavière et du Brésil, toutes deux fabriquées au début du 20e siècle, sont particulièrement élégantes. Elles évoquent les drapeaux de leur pays respectifs : l’une est ornée sur ses côtés d’un cor de chasse sur fond de drapeau bavarois à damier bleu et blanc tandis que l’autre est entièrement peinte en vert et jaune.

 

Une vingtaine d’objets en cuir ou en tissu (malle de courrier, pièces de harnachement et bottes de postillon, boîte de facteur, boîte à chapeau, gourde de postillon, sacs postaux, képi de facteur), trois poupées, une « cocotte » en osier et une nacelle d’aérostat datant du siège de Paris complètent cet inventaire à la Prévert. Le cas de la nacelle d’aérostat mérite qu’on s’y attarde. L’osier est un matériau particulièrement sensible aux variations climatiques. Affaissée et déformée, la nacelle a d’abord été dotée d’un support métallique intérieur pour la redresser et la stabiliser avant qu’une restauratrice ne puisse intervenir pour la dépoussiérer et combler ses lacunes avec du papier torsadé, selon une technique mise au point lors de la restauration de plusieurs nacelles de la même époque au Musée de l’Air et de l’Espace et au Musée national de la Marine.

 

Les peintures n’ont pas été oubliées. Une dizaine d’entre elles réclamaient une opération de dépoussiérage, un renforcement de leur toile de support ou encore une intervention sur la couche picturale : comblement de lacunes, refixage d’écailles de peinture. Ainsi la lumineuse maquette du timbre « Alléluia » d’Alfred Manessier, qui avait été prêtée plusieurs fois par le musée et avait à ce titre beaucoup voyagé, demandait à ce que différents soulèvements et craquelures soient refixés. Toutefois, l’intervention la plus complexe a porté sur un fragment de la devanture en bois d’une boutique du Second Empire, « Au petit facteur », qui se trouvait dans un état critique quand le musée l’a acheté. Rongé par les insectes et présentant de nombreuses fissures, il a fallu commencer par  consolider le panneau lui-même en remplaçant les traverses de bois qui avaient été ajoutées ultérieurement au revers, avant de restaurer la figure peinte à proprement parler.

 

Pour certains types d’objets, il n’était pas évident de trouver les restaurateurs disposant des savoir-faire nécessaires. Ainsi, il a fallu faire appel à l’une des personnes -très peu nombreuses en France- spécialisées dans les « naturalia » pour restaurer un pigeon voyageur naturalisé, émouvante relique rescapée du siège de Paris. Très fragile, l’oiseau avait le plumage abîmé, une partie du cou déchirée et les pattes comportaient d’importantes lésions. Une cure de rajeunissement s’imposait : nettoyage, remplacement de certaines plumes disparues, colmatage des déchirures, doigt refixé, pattes, bec et tour des yeux remis en teinte à l’aquarelle, le tout en préservant les différents cachets postaux apposés sur l’animal en 1870, dont celui de son propriétaire.